Connaître la paroisse - Votre curé

Votre curé

Le père Louis-Pasteur FAYE

Ainsi se nomme le curé de sainte Bernadette officiellement installé au cours de la messe de dimanche 8 septembre 2013.

 

L’Echo du quartier a procédé à son interview.

Interview du père Louis Pasteur par l'Echo du Quartier

Echo du Quartier (E.Q.) : Bonjour Père, nous sommes heureux de vous rencontrer. Pouvez-vous nous dire d’où vous venez et quel a été votre parcours jusqu’à ce jour ?

 

Je suis né au Sénégal il y 48 ans. Le Sénégal est un pays où plus de 90% de la population est musulmane ! Les chrétiens font 5%. Mes deux parents qui ont, l’un, 87ans et l’autre 80 ans sont chrétiens et sont encore en vie. Cependant, dans ma famille très proche et éloignée, il y a des musulmans dont mon oncle paternel, le frère aîné de mon père. La plupart des familles au Sénégal sont ainsi composées de chrétiens et de musulmans. Ça se passe généralement très bien. C’est donc dans ce pays de légendaire tradition de dialogue islamo chrétien que j’ai grandi, été à l’école, suivi toute ma formation pour devenir prêtre le 31 juillet 1993. Après les 6 premières années où j’ai exercé le ministère de vicaire dans une des paroisses de la ville de Thiès, je fus désigné par les évêques du Sénégal pour suivre une formation en langue arabe et en islamologie. Cela dura 4 années : 1 an au Caire (Egypte), 2 ans à Rome (Institut Pontifical d’Etudes Arabes et Islamiques) et 1 an à Paris (Institut Catholique et Université Paris 3, Sorbonne La nouvelle). De retour des études, je fus nommé Secrétaire National Permanent de la Commission des Relations de l’Eglise du Sénégal avec la communauté musulmane du pays. Cette mission me passionnait énormément : travailler à maintenir la qualité des bonnes relations entre musulmans et chrétiens, promouvoir et renforcer l’esprit d’ouverture, d’échange, de collaboration et d’interpellation mutuelle entre les adeptes des différentes religions. J’ai tissé des relations très courtoises et très fraternelles avec de nombreux musulmans, imâms et oulémas (érudits). Pour des raisons de santé notamment, j’ai du quitter le Sénégal en juillet 1999 pour des soins en France. Il s’est avéré que ces derniers nécessitaient un suivi régulier et un temps plus long. Après 1 an à la Collégiale de Poissy et 3 ans à la paroisse Gassicourt-Val Fourré de Mantes-la-Jolie, me voici maintenant à Sainte Bernadette de Versailles.

 

E.Q. : Il est difficile de quitter une paroisse comme est difficile de redémarrer dans une autre ?

 

Ça dépend : Personnellement, j’aime me définir comme étant un pèlerin, un itinérant, un marcheur, un homme en chemin. Dans mon profil skype, je m’identifie sous le nom d’Ibnou-al-Sabîl (voyageur). Les changements de paroisses, de missions ou de pays ne m’effraient guère. Je les accueille et les vis comme une grâce. Qui plus est, j’ai été très bien accueilli à Sainte Bernadette. Comme me le confiait une amie venu assister à la messe d’installation du 8 septembre : Les paroissiens m’ont déjà adopté !

 

E.Q. : A quoi ça sert un curé ? Que ferez-vous toute la journée ?

 

J’ai toute de suite, et dans un tout premier temps, envie de répondre : " à rien ! ". Il y a, en effet, une part de gratuité, de généreuse disposition, gracieux débordement et d’incalculable épanchement dans la vie du prêtre. Le curé est d’abord prêtre. Le prêtre donne son temps, sa connaissance, son expérience, la totalité de son être, sa vie tout entière pour les autres, comme le Christ. Il est au service des plus petits, des plus pauvres, de ceux qui souffrent, de ceux qui portent le poids du jour. Le mot "curé" vient du latin curare, qui veut dire soigner, guérir, prendre soin de quelqu’un, s’occuper de lui. Le prêtre, le curé trouve sa joie dans ce don et cet abandon à Jésus et à ses frères et sœurs, les humains. Il trouve sa force et sa paix dans cette reddition entre les mains de Dieu qui, comme un potier, le façonne pour qu’il devienne chaque jour davantage un instrument de communion, de cohésion, de fraternité, de justice, d’amour et de paix. C’est alors seulement qu’intervient le second élément de ma réponse : le prêtre, le curé, ça sert à beaucoup ! Ça sert à la vie, ça sert la vie, une vie plus saine, plus belle et plus fraternelle non seulement entre ses ouailles, les chrétiens-catholiques, mais aussi entre tous les hommes de toutes les religions, des non croyants, des athées et des agnostiques. Pour arriver à réaliser ce beau projet de vie, mes journées sont finalement trop courtes parce que j’ai mille et une choses à vivre d’abord et à faire ensuite. A vivre d’abord : Dieu, premier servi ! Tous les jours je célèbre la messe, qui est la plus grande prière des catholiques. C’est là où Jésus se donne à nous comme lumière dans sa Parole et nourriture dans le Pain de vie que nous mangeons. Le prêtre est d’abord ordonné pour la messe, pour l’eucharistie, le "sacrifice" qui sauve le monde ! Ensuite, j’ai, comme les musulmans, mes 5 prières de la Liturgie des Heures par jours (7 prières si je vais dans les monastères et les abbayes des moines et des moniales). Sans compter la ½ heure ou 1 heure d’oraison ou prière silencieuse que je m’octroie par jour. A l’intérieur de tout cela, il faut caser les rendez-vous, les temps de permanence que je passe à mon bureau de la paroisse pour accueillir et écouter les paroissiens, les coups de fils à passer et à réceptionner, les visites à faire aux personnes malades et aux familles, les communications, interviews, enseignements, prédications ou courriers importants à rédiger. Et que dire du temps de break, de loisirs, de détente, de repos et de sommeil qu’il va falloir absolument dégager, le prêtre étant aussi fait de chair et de sang comme tout homme !

 

E.Q. : Comment avez-vous ressenti votre vocation de prêtre, à qui en avez-vous parlé et quelles études faut-il faire pour être prêtre ?

 

Personnellement, j’ai ressenti que Dieu m’appelait à lui offrir ma vie dans la vocation de prêtre lors d’une retraite (une semaine de méditation et de prière en silence) que je faisais en juillet 1985 au Foyer de Charité du Cap des Biches à Rufisque, près de Dakar. J’en parlais alors au Directeur du séminaire et à l’évêque du diocèse. Un an après, j’obtenais mon Bac et je rentrais au grand séminaire. La formation pour devenir prêtre dure environ 7 ans : une première année dite propédeutique durant laquelle il s’agit de s’assurer vraiment que Dieu m’appelle à la prêtrise, 2 années de philosophie (anthropologie et métaphysique), 4 années de théologie pluridisciplinaire (Bible, Histoire, Droit, Liturgie, Morale, Spiritualité, Gestion, Pastorale, etc.). Le tout est sanctionné par un bac de théologie. Le prêtre peut ensuite poursuivre un master ou un doctorat dans le domaine théologique ou profane.

 

E.Q. : En arrivant ici, quelle est et quelle sera votre préoccupation ?

 

Je pense précisément au comportement apostolique que Saint Paul a eu vis-à-vis de la communauté de Corinthe à laquelle il a été envoyé comme apôtre. Cette manière d’être, ce mode de relation, ce programme de vie correspond tout à fait à ce que j’entends être au milieu de vous. Je me le fixe volontiers comme préoccupation : « Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait le serviteur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Et avec les Juifs, j’ai été comme un Juif, pour gagner les Juifs. Avec ceux qui sont sujets de la Loi, j’ai été comme un sujet de la Loi, moi qui ne le suis pas, pour gagner les sujets de la Loi. Avec les sans-lois, j’ai été comme un sans-loi, moi qui ne suis pas sans loi de Dieu, mais sous la loi du Christ, pour gagner les sans-loi. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour bénéficier, moi aussi, du salut » (9, 19-23).

 

E.Q. : Pensez-vous mettre en place une Equipe d’Animation Paroissiale ( E.A.P.) ?

 

Tout à fait ! Collaboration, concours, aide, soutien et participation des fidèles laïcs à la vie de l’église et à la charge pastorale du curé sont des acquis précieux. Les EAP sont des instances qui permettent à une paroisse de respirer à plein poumon. On ne change pas les mécanismes parfaitement fonctionnels. Il faut juste que je me donne du temps, le temps de connaître un peu la paroisse et les paroissiens à appeler pour l’EAP. J’ai déjà annoncé la mise sur pieds de l’EAP en janvier 2014. Comme Jésus l’a fait avant de choisir ses apôtres, je prie à cet effet. Je demande à tous de prier aussi pour ça.

 

E.Q. : Nous arrivons au terme de notre entretien. Ce journal, vous le savez maintenant, est le journal du quartier. Avez-vous un message à délivrer aux lecteurs ?

 

Il me plait de reprendre ici la conclusion de l’édito que j’avais fait dans la feuille de messe du week end 21-22 septembre dernier. La Parole de Dieu reçue ce dimanche était tirée de la première lettre de saint Paul à Timothée : « J’insiste pour qu’on fasse des prières de demande, d’intercession et d’action de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’Etat et tous ceux qui ont une responsabilité, afin que nous puissions mener notre vie dans le calme et la sécurité, en hommes religieux et sérieux. »

Je reprends volontiers à mon compte ces paroles de l’apôtre qui, plus qu’un simple souhait, sont une vraie prière. Ces paroles, je les prononce, je les proclame, je les crie et je les prie en pensant à chacune et à chacun de vous, à vos enfants, vos familles, vos amis et vos voisins. Ces paroles, j’en fais une aspiration profonde, une recherche effrénée, une passion viscérale, un programme de vie ! Et comme il me plaît de vous y convier, de vous y associer, chers paroissiens, mes frères et sœurs bien-aimés ! Et comme il me plaît d’y convier et d’y associer tous mes frères et sœurs en humanité, croyants d’autres religions et non croyants. Allez ! Je vous envoie ! Dites-le sous tous les toits ! Redites-le leur : le Père Louis-Pasteur vous tend les bras, il vous ouvre toutes grandes les portes de sa maison et de son cœur, il vous appelle, il vous interpelle, il vous invite : « Venez, bâtissons la civilisation de l’Amour sans frontières ; venez, érigeons ensemble la cité de la Paix, ici et maintenant ! »

 

Robert C.