Edito du 1er mars 2015

L’écoresponsabilité, l’urgente conversion une église qui accompagne la créativité sociale


[…] Cette cohérence passe aussi par une articulation plus assumée entre notre respect dû à la Création et notre espérance de salut manifestée dans le Christ à la lumière de ce que les premières communautés chrétiennes expérimentaient déjà par le partage et la mise en commun des biens. Si, comme le rappellent souvent ses responsables, l’Église catholique n’a pas de solution toute faite aux défis actuels du réchauffement climatique ou de la perte de la biodiversité mondiale, elle doit cependant assumer sa prétention à être «experte en humanité». Et cela passe par la capacité à faire confiance aux lieux de créativité sociale, comme elle l’a toujours fait dans les temps de crise.


C’est comme cela qu’elle peut faire émerger (ou accompagner) des contre-modèles économiques, des solidarités d’un nouveau genre et des lieux concrets aux modes de vie prophétiques. Là, la force de son réseau mondial peut jouer un grand rôle dans la diffusion de bonnes et audacieuses pratiques, par la force de l’exemple vécu. […] Mais, pour cela il faut rappeler que la conversion écologique qu’il faut désirer pour nos Églises ne constitue pas en soi une nouvelle idéologie à laquelle l’Évangile devrait se plier. Il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle pour tous, puisqu’elle nous invite à redécouvrir en profondeur la cohésion profonde entre le projet créateur et l’oeuvre de salut du Dieu de Jésus-Christ pour ce monde. Lutter pour le respect des droits des humains ne peut plus se faire sans respecter leur terre et le monde naturel qui les accueille. Sinon, comment prétendre gérer durablement les biens communs que sont les accès à l’eau, à la terre, aux semences, à l’énergie pour tous les vivants? Cette conversion passera nécessairement par un changement de regard. Cela se vit par exemple quand on réalise que la nature ne nous «environne» pas mais que, à notre place singulière, nous en faisons intégralement partie. C’est bien de ce monde dont nous nous nourrissons. C’est de lui que nous tirons les biens de notre vie quotidienne. C’est à lui que nous confions nos restes.


Le pape François le rappelle depuis le début de son ministère: à la société du «déchet» (social et environnemental) que nous avons créé, il est urgent de répondre par un projet plus humble et plus attentif au grand mystère de la vie que nous partageons tous. Pour le bien de la communauté de tous les vivants de cette terre.


Dominique Lang, assomptionniste, journaliste à l’hebdomadaire Pèlerin.

Extraits d’un article écrit pour « Vivre le Carême 2015 » du CCFD-Terre solidaire.